« On se croirait à Rome »… A Paris, la prolongation des terrasses éphémères ravit les restaurateurs (et les autres)
ECONOMIE•La Mairie de Paris a annoncé le 27 août la prolongation des terrasses éphémères pour les bars, cafés et restaurants, et ce jusqu’au mois de juin 2021Romarik Le Dourneuf
L'essentiel
- L’extension des terrasses, mise en place après le confinement par la Ville de Paris, a été prolongée jusqu’en juin 2021.
- Cette décision, attendue par les cafetiers et les restaurateurs, est un grand soulagement pour le secteur.
- La municipalité, comme les professionnels, envisage de pérenniser l’opération de manière saisonnière.
Un grand « ouf » de soulagement. L’annonce faite le 27 août par Emmanuel Grégoire, le premier adjoint à la maire de Paris, a dû faire souffler dans leurs masques les commerçants. Initialement prévue jusqu’à la fin du mois de septembre, la possibilité pour les cafés et restaurants parisiens d’étendre leur terrasse sur l’espace public est prolongée jusqu’en juin 2021.
Cette mesure, mise en place depuis la fin du mois de mai par la maire Anne Hidalgo, a pour but de soulager ce secteur, durement touchée par la crise du Covid et le confinement, et de lui permettre de continuer son activité tout en respectant les mesures de distanciation physique.
« C’est la meilleure des choses à faire »
« On l’espérait, mais on est quand même surpris. C’est une très bonne nouvelle pour nous ». Bruno, responsable de la Crêperie de Quiberon, rue d’Odessa, dans le 14e arrondissement, ne cache pas son soulagement. Quelques minutes avant le début du service, ce vendredi matin, il met en place sa terrasse éphémère le long du trottoir et ne cache pas sa satisfaction : « On ne s’attendait pas à une si longue prolongation. On ne va pas le cacher, ça nous aide ». Si la nouvelle est si bonne, c’est que l’été a été très difficile. Les Parisiens sont partis et les touristes ne sont pas venus. Les commerces espèrent donc se rattraper à la rentrée.
Un peu plus bas dans la rue, Julie, serveuse au bar à bières le Falstaff, est du même avis : « C’est la meilleure des choses à faire. Les gens ont encore peur du virus, et ils ont des réticences à venir à l’intérieur. Ils veulent rester dehors, même quand il fait froid ». Marcel Benezet, président de la branche café, bar, brasserie du GNI-Synhorcat, explique l’importance de cette annonce : « C’est maintenant que les Parisiens vont revenir, les étudiants aussi, ce sont eux notre clientèle, et ils ont besoin d’espace ».
Si les commerçants se félicitent de la possibilité de continuer à étendre leur terrasse, c’est aussi parce que la mairie a maintenu la gratuité mise en place dès le début. « Avec la fin du chômage partiel et maintenant l’arrivée des cotisations sociales à payer, ça va être un tsunami pour le secteur. Alors cette initiative est un coup de pouce important », explique Marcel Benezet. Olivia Polski, adjointe à la maire de Paris en charge du Commerce, ajoute : « Arrêter les terrasses, cela aurait été les pénaliser économiquement. Certains restaurateurs nous ont contactés pour nous dire que l’extension sauvait leur affaire ».
Une nouvelle charte à respecter
L’adjointe précise tout de même qu’une nouvelle charte de bonne conduite a été mise en place et qu’elle devra être respectée pour la suite de l’opération. Ce texte engage les restaurateurs à respecter des mesures contre le Covid-19, mais aussi au sujet des nuisances pour les riverains, de la propreté ou encore pour l’accès aux personnes en situation de handicap. Le non-respect de la charte peut entraîner des sanctions et les contrevenants s’exposent à des amendes allant jusque 500 euros.
Olivia Polski ajoute que les contrôles se poursuivront et que dans certains cas, la préfecture de police pourrait décider de la fermeture administrative d’un commerce : « Nous ne voulons pas de démarche aveugle dans la mesure où, pour le moment, tout s’est très bien passé. Les problèmes seront réglés au cas par cas ». Marcel Benezet rappelle, lui, aux cafetiers et restaurateurs que « tout le monde doit jouer le jeu » et respecter la fermeture des terrasses éphémères à 22h.
Ça chauffe pour le chauffage
L’affaire semble donc entendue. Non, car un point continue de diviser : le chauffage extérieur. Barbara Pompili, ministre de la Transition énergétique, annonçait en juillet dernier l’interdiction à venir des chauffages en terrasse. Emmanuel Grégoire a confirmé qu’ils ne seraient pas autorisés sur les terrasses éphémères. Côté restaurateurs, on demande un peu plus de temps et de souplesse. « C’est bien d’autoriser les terrasses "Covid" mais en hiver, il faut donner envie aux gens d’y rester, explique Michel Benezet. On fait 30 % de notre chiffre d’affaires sur les terrasses. Ce n’est pas le moment de nous enlever cela. » S’il confie craindre pour les emplois, il ajoute que les bars et cafés ont déjà fait beaucoup d’efforts en utilisant des énergies vertes et que d’autres solutions vont venir : « On cherche une solution pour récupérer et utiliser, via une pompe, toute la chaleur que nous produisons déjà avec les réfrigérateurs, les machines à café, les cuisines. »
Autre possible point de crispation : la réaction des riverains. Pourtant, de ce côté-là, il ne semble pas y avoir (trop) de problèmes. Olivia Polski admet que quelques signalements ont été faits, mais réglés rapidement. Marcel Benezet reçoit bien quelques appels d’associations de riverains. Mais du côté des commerçants, cela semble se passer sans accrocs. Bruno, de la Crêperie de Quiberon, en témoigne : « Si on respecte les consignes, tout va bien. Les gens savent aussi les difficultés qu’on connaît. Ils sont compréhensifs ». Deli, qui gère le restaurant Pho Odessa dans la rue adjacente, pense même que les habitants du quartier sont heureux de l’opération : « Ça change l’image du quartier. C’est plus joyeux. En plus, il y a moins de places pour les automobilistes, donc moins de passages de voitures ».
La Mairie et les commerçants veulent voir plus loin
Et les commerçants (les riverains ?) commencent à voir plus loin. Dans la rue du Montparnasse, les bars et restaurants réclament une extension de la piétonnisation de la rue, pour le moment réservée au soir et au dimanche, afin d’organiser des animations. Deli pense à investir dans une terrasse un peu plus élaborée, qui pourrait en partie se fermer pour accueillir sa clientèle l’hiver. Quant à Hakan, un serveur qui travaille dans une brasserie de Montparnasse, il confie que son patron se renseigne déjà pour une structure facilement démontable. Un investissement qui pourrait se révéler fructueux puisque Olivia Polski confie à 20 Minutes son intention de retravailler le règlement des étalages et des terrasses pour envisager l’opération de manière saisonnière, même après la crise du coronavirus.
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Une chose est sûre, pour Clément et Hanine, attablés à une terrasse faite de palettes et de fausse pelouse, c’est une réussite : « On voudrait que ça reste comme ça toute l’année. C’est beaucoup plus agréable que les voitures et ça donne un côté festif, ensoleillé aux rues. On se croirait à Barcelone ou à Rome. »



















